Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde: Livre 2, chapitre 15

Erdorin, chroniques de l'Arbre-monde, Livre 2, chapitre 15
Cet article est le numéro 16 d'une série de 16 intitulée Erdorin, Livre 2

Les jours qui suivirent furent placés sous le signe du renseignement. Suite à l’escapade d’Arko, Kyoshi et Rinaldo s’intéressèrent au volet local de l’affaire et notamment aux activités du général Right et de son éventuel commandement.

Rinaldo en profita pour faire à sa fille un rapide résumé d’un troisième rapport sur l’incident chypriote : la Rose de Mars avait eu quelqu’un sur place, mais ce n’était pas le genre de choses dont l’organisation voulait trop se vanter, surtout devant une étrangère, fut-elle alliée. D’ailleurs, l’agent avait rapporté un certain nombre de faits qui rendaient son compte-rendu suffisamment confidentiel pour que Rinaldo ne puisse en faire qu’un résumé oral.

Lorenui avait dépêché sur place une Ataneylwen du nom d’Aurelia Piliasin, Arcaniste également, qui n’avait pas hésité à user d’explosifs pour sceller archéologues, officiels et journalistes dans les ruines souterraines de la cité. Tout ce petit monde ne s’en était sorti qu’en utilisant une antique structure qui permettait d’amplifier l’énergie arcanique à un point suffisant pour faire office de transmetteur de matière.

Toujours théâtral, Rinaldo avait ponctué sa narration par un « beam me up ! » qui fit sursauter Kyoshi. En guise d’explication, elle lui transmit l’image qu’elle avait perçue dans l’esprit de Daeithil : le cercle de pierre et les survivants de Belisandar. Il émit un long sifflement, comme un soupir, essaya par trois fois de commencer une phrase qui sonnait comme un reproche, une demande d’explications, puis des félicitations, pour finir par sombrer dans un silence contemplatif.

Après cette session, Kyoshi tenta de reprendre contact avec l’agent Michael Karlen ; malheureusement, il était en « mission extraplanétaire » et injoignable ; elle se contenta de lui laisser un message.

— Un peu brut de décoffrage, mais pas mal. Un de tes anciens amants ?

Daeithil regardait le portrait holographique de la boîte vocale avec un intérêt certes non feint, mais un peu cabotin. Kyoshi sourit, plus à la tendance de l’Eylwen de jouer avec sa tendance à la jalousie qu’à la question elle-même.

— Si on veut ; c’est un peu compliqué. Disons qu’il m’a aidé quand j’étais sur Olympus.

— Cette histoire avec ta sœur d’âme ?

— Bastet, oui ; il était en poste là-bas et j’ai eu l’impression qu’il avait été mis au placard après un gros problème. Je peux me tromper, le rapport ne mentionne aucun nom, mais je connais assez peu d’agents de la Brigade territoriale qui sont d’anciens militaires des forces spéciales highlanders.

— Tu connais beaucoup d’agents de cette brigade ?

— Non. C’est une façon de parler. Disons que pas mal des éléments déclassifiés de ce rapport me rappellent singulièrement sa façon d’agir.

— Notamment sa tendance à faire usage de ses armes à tout bout de champ, j’imagine… Tu es sûre que ce n’est pas ton frère caché, ou quelque chose du genre ?

Daeithil réussit presque à esquiver le coussin.

***

De son côté, l’Eylwen eut droit à une conversation épistolaire plutôt houleuse avec son mentor. Fidèle à ses habitudes, elle faisait usage d’un porte-plume et de papier, le tout étant dûment numérisé et expédié par courrier hyperluminique, pour être recréé à l’identique sur Dor Eydhel, à plus de quarante années-lumière.

Au fur et à mesure des échanges, les bruits de la plume sur le papier se faisaient de plus en plus nerveux et plusieurs brouillons partirent dans le petit braséro qu’elle avait allumé pour l’occasion – et qui, avec un mélange d’herbes idoine, faisait un excellent répulsif à insectes –, accompagnés par des imprécations peu articulées, mais que l’on imaginait aisément comme peu aimables.

Kyoshi ne voulut pas aborder le sujet, mais ce fut l’Eylwen qui, le deuxième soir, s’en ouvrit, alors que la Terrienne essayait de lui faire un massage susceptible de dénouer des épaules dures comme du bois, dans le bassin – même si, à son avis, elle allait se casser la main avant d’arriver à ses fins.

— Elle m’avait caché ça.

— La ville ?

— Oui, la ville, le sarcophage, tout ce pan de mon passé dont je ne me rappelle absolument pas. Mais il y a plus agaçant : elle me reproche à demi-mot de ne pas faire mon travail, que je suis censé être sa « main » et donc de m’occuper de cela toute seule.

— Ouch.

— Je lui ai répondu que je ne pouvais pas être sa « main » sans avoir des informations. J’ai hésité à lui dire où elle allait prendre sa « main », si elle continuait à me considérer comme une idiote…

Elle lâcha un petit rire.

— Au final, j’y ai mis les formes, mais je le lui ai dit.

Kyoshi arrêta le massage et enlaça Daeithil :

— Je crois que j’ai une mauvaise influence sur toi.

Daeithil se retourna dans le bras de son amante :

— Je ne voudrais pas te vexer, mais je ne t’ai pas attendue pour avoir un sale caractère.

***

— J’ai une mauvaise nouvelle.

Rinaldo avait eu le bon goût d’attendre la mi-journée pour contacter Kyoshi et celle-ci avait eu le bon goût d’ajuster le cadrage du retour vidéo pour éviter de lui causer une crise d’apoplexie – avec Daeithil dans les parages, les vêtements n’étaient toujours pas au goût du jour. Il continua :

— Nos contacts en Europe indique que von Aa a été placé en résidence surveillée à Davos, dans les Alpes centrales, non loin du lieu où son avion s’est posé. Plusieurs sources mentionnent qu’un camion y aurait apporté plusieurs caisses volumineuses.

— Malepeste ! hurla Daeithil, qui avait appris à rester hors champ pour les mêmes raisons.

— Pareil, ajouta Kyoshi, plus désabusée. Ça serait là qu’il planque les bouquins ?

— Ce serait logique, mais il faudrait confirmer la chose.

— En clair, tu nous invites à passer quelques jours à la neige ?

— Arko vous attend à Rome.

Texte: Alias – Illustration: Psychée – Licence: Creative Commons, partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA)

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