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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 4, chapitre 1

Un énième cahot vient secouer la grande carcasse de Michael Karlen. Cela faisait trois heures qu’ils roulaient dans un paysage désertique, aux teintes rouges-oranges et les nombreux nids de poule qui constellaient l’antique ruban de goudron étaient les seuls éléments qui rompaient la monotonie du voyage. Et ses vertèbres.

À côté de lui, conduisant le véhicule tout-terrain rudimentaire tout en chantonnant un air pop patriotique mêlant anglais galactique et xinhuanti, l’Officier coordinateur Shootingstar Xia, en charge de la Quatorzième zone de réhabilitation. « Zone de réhabilitation » était un euphémisme pour dire « territoire ravagé par des frappes nucléaires » ; en l’occurrence, ils étaient à quelques centaines de kilomètres des ruines vitrifiées de l’ancienne capitale chinoise. La région avait autrefois abrité des villes, des complexes industriels et des bases militaires – sans qu’il soit toujours possible de distinguer les uns des autres. Rares étaient celles qui, trois siècles auparavant, avaient pu échapper à la destruction totale et si le temps avait fait son œuvre, la région affichait encore un taux de contamination radiochimique largement supérieur à la norme admise.

De temps en temps, l’officier Shootingstar interrompait ses vocalises pour indiquer à son passager telle ruine historique ou tel projet de reconstruction, comme une parfaite guide touristique. Michael Karlen approuvait mollement. À vrai dire, il luttait contre le sommeil tout en essayant de comprendre par quel miracle il était passé, en moins de vingt-quatre heures et au retour d’une mission d’un mois sur Asgard, de son bureau lyonnais de la Brigade territoriale européenne aux déserts du Shanxi pour une enquête urgente, le tout dans une Fédération des hautes-terres où, en théorie, il était recherché pour désertion.

Sa réflexion fut brutalement interrompue par un coup de frein ; la trapanelle avait beau avancer à la vitesse d’une tortue asthmatique, elle avait un freinage de compétition.

— Voilà, annonça sa pilote.

Il jeta un œil au-dehors, au travers du pare-brise poussiéreux sur lequel s’affichait quelques données environnementales : la route s’interrompait brusquement pour cause de cratère, au fond duquel on distinguait quelques structures en béton. À première vue, ça ressemblait au lieu convenu. Et à un piège, aussi : qui avait l’idée de construire une base militaire dans un tel endroit, encore légèrement radioactif – comme lui rappelait l’affichage, ainsi que son bracelet de montre en virant au jaune vif – et, surtout, en laissant l’endroit sans surveillance ?

Imitant l’officier Shootingstar, Michael, ajusta sa tenue qui, sous ses apparences de costume de ville, offrait également une protection NBC passable, resserra son écharpe et remis son chapeau – en plus de la chaleur et de la poussière chargée en radioéléments, le soleil tapait dur. Il repositionna son masque-filtre, sortit du véhicule et s’étira longuement avant de lancer :

— Bon, alors allons-y.

***

Correction : l’endroit n’était pas sans surveillance. Michael jeta un rapide coup d’œil vers la porte et aperçut les deux drones-sentinelles qui s’étaient rallumés à leur approche. Heureusement pour lui et son accompagnante, la pellicule de sable qui avait recouvert les engins avait suffisamment entravé leurs premiers mouvements pour qu’ils aient le temps de se mettre à l’abri.

L’officier Shootingstar avait sorti de son étui un fort peu réglementaire pistolet Radiant, ce qui conforta Michael dans son estimation qu’elle ne devait pas seulement être « officier coordinateur », mais plus probablement affiliée à un des multiples services secrets de la Fédération. Lui-même sortit ses deux pistolets automatiques. L’heure n’était plus à l’entrée subtile ; ça tombait bien, ce n’était pas trop son style.

Sa première balle – perçante et explosive – décapita l’un des deux drones. Un mince trait rouge perfora le second, mais pas avant que l’alarme ne commence à sonner. Bon, au temps pour l’entrée discrète, se dit l’agent Karlen en amorçant une grenade de démolition. La charge d’antimatière, savamment dosée, creusa un trou de deux mètres dans la porte blindée – tout juste suffisant pour que lui et son binôme local puissent se glisser à l’intérieur.

Il ajusta ses lunettes à amplificateur de lumière juste à temps pour voir la douzaine de silhouettes qui glissaient sur leur générateur antigravité dans leur direction. Les premiers tirs illuminèrent son champ de force défensif et saturèrent également les lunettes ; à moitié aveugle, il riposta instinctivement avant d’entendre « NOVA ! ». Il s’aplatit au sol alors que la détonation balayait les drones.

— C’était ma seule grenade, expliqua l’officier Shootingstar, debout au milieu des tourbillons de poussière. Il va nous falloir plus de puissance de feu.

— Je pense savoir où en trouver.

— Moi aussi.

***

Foudroyé par la rafale du Fulgurant d’appui, le dernier drone crépita quelques instants, comme suspendu par les derniers soubresauts de son moteur antigravité et finit par s’effondrer en petit tas au milieu des restes de ses congénères. Michael Karlen jeta l’arme, désormais inutile faute de chargeurs de rechange, dégaina un de ses deux pistolets de service et activa son communicateur :

— Shootingstar, statut ?

L’explosion de porte de la salle de contrôle, dix mètres devant lui, lui répondit. Une silhouette s’encadra dans l’ouverture déchiquetée, un élégant lance-roquette profilé à la main, et lui lança de vive voix :

— Zone dégagée, agent Karlen. Pour le moment.

Michael acquiesça avec une grimace. À eux deux, ils avaient probablement dézingué une cinquantaine de ces maudits drones-sentinelles – un nombre inattendu et franchement exagéré pour protéger une base abandonnée, même secrète. Quelque chose clochait. Il entra en vitesse dans la salle de contrôle de la base.

Il accorda un bref regard au blason de l’unité : cinquième bataillon spécial de reconnaissance. Une unité d’élite, rattachée à la Garde, les forces commandées par le Président en personne. Lui-même avait fait partie du troisième, il y a une vie ou deux, mais il n’avait alors jamais entendu parler d’un cinquième. Il commençait à comprendre pourquoi c’était à lui qu’on avait confié cette mission.

L’officier Shootingstar, qui avait troqué son lance-roquette pour un long fusil dont le modèle ne lui disait rien, mais qui devait probablement être un Radiant, lui remit un cristal-mémoire :

— Les codes.

— Merci.

Il enfonça le cristal dans le logement ad hoc et commença à parcourir les protocoles informatiques. Tout en entrant les commandes avec détermination, il apostropha son vis-à-vis :

— Officier Shootingstar, vous avez un moyen de sortir rapidement d’ici ?

— Qu’entendez-vous par « rapidement », agent Karlen ?

— J’entends par là qu’une charge nucléaire de cinq kilotonnes située sous cette base est programmée pour exploser dans quatorze minutes et trente secondes.

— Ah.

***

Michael Karlen dut reconnaître qu’aussi rudimentaire qu’eût pu être leur véhicule, le fait qu’il ait survécu au souffle de l’explosion en gardant presque toute son intégrité parlait en sa faveur. Certes, il avait volé sur quelques dizaines de mètres avant de s’encastrer dans une dune et la mousse antichoc, qui avait immédiatement envahi l’habitacle, aidait à maintenir l’intégrité en question. N’empêche que, malgré leur sortie en catastrophe à cheval sur deux drones-sentinelles reprogrammés à la volée, l’officier et lui devaient en grande partie leur survie à la solidité de cet engin.

La position était inconfortable, mais les senseurs atmosphériques, qui fonctionnaient toujours, projetaient sur l’intérieur du pare-brise craquelé des données qui les aidaient à relativiser la situation. Au reste, les secours déboulèrent rapidement. Karlen et Shootingstar purent assister à l’arrivée de l’énorme turboptère de logistique, qui déposa non loin d’eux un centre de commandement, alors qu’une nuée d’appareils plus petits lâchaient des soldats en armure complète. Les ingénieurs déployèrent une tente de confinement autour de l’épave de leur véhicule et, après la décontamination, une équipe de secouristes put venir les extraire de la mousse. Il ne s’était pas écoulé plus de deux heures entre l’explosion et leur désincarcération.

Dans d’autres circonstances, l’agent européen se serait fait un plaisir de lâcher quelques piques sarcastiques à son homologue, sur le thème « j’ignorais que les officiers coordinateurs avaient une importance telle ». D’abord, parce que si elle était bien ce qu’il croyait, elle ne l’aurait jamais admis et, d’autre part, il commençait à se douter que sa présence ici ne devait non seulement rien au hasard, mais pour que la Fédération des hautes-terres décide de mettre entre parenthèses ses frasques passées – qui s’étaient quand même soldées par la mort de plusieurs officiers supérieurs, une grosse explosion dans une base militaire secrète et le vol d’une tonne métrique de matériel militaire – il avait fallu une intervention de haut niveau. Voire de très, très haut niveau, s’il en jugeait par les quelques informations qu’il avait saisies à la volée parmi les données récupérées dans la base.

Convoyés dans le centre de commandement, le duo se fit examiner sous toutes les coutures – littéralement, puisqu’ils durent changer de vêtements – par une équipe médicale. Tout en passant l’uniforme « visiteur » fraîchement imprimé à ses mesures exactes par la chaîne logistique, Michael se tourna vers l’officier en charge de l’opération, un colonel Vitarkis du Bureau d’archéologie, et lui demanda :

— Je dois entrer en communication avec un officier d’état-major au plus vite ; elle doit être en poste dans le système stellaire.

Le colonel hésita un bref instant ; Michael n’avait pas besoin de la voir pour comprendre que « l’officier » Shootingstar avait silencieusement donné son accord.

— Bien monsieur. Quel nom ?

— Général Inge Karlen.

***

Assis dans un module sécurisé, Michael Karlen essaya de se détendre pendant que l’écran annonçait que la communication était en cours de connexion. Il annonçait une latence de sept secondes – ce qui, de son calcul, était cohérent avec une liaison tachyonique avec la base de Titan, surtout en prenant en compte les protocoles de sécurité supplémentaires. Titan, satellite de Jupiter, était une des rares bases de la Fédération des hautes-terres dans le système stellaire terrien ; c’était également le siège d’un grand nombre de projets secrets.

Un visage féminin aux traits tirés, légèrement marqué par l’âge et bien plus par les responsabilités, apparut.

— Bonjour fils.

— Bonjour mère.

— Je suppose que tu ne m’appelles pas pour te rendre.

— Non, répondit Michael, sans pouvoir s’empêcher de sourire à la plaisanterie. Son sens de l’humour à froid était le trait de sa personnalité qu’il appréciait le plus chez sa mère, peut-être parce que c’était une de ses rares concessions à l’humanité. Il continua :

— Même si je le voulais, je crains que ce ne soit pas le meilleur moment pour cela.

— Oui, je me suis bien douté, en voyant les codes de sécurité.

— J’irai droit au but. Il n’ajouta pas comme tu me l’as toujours appris, mais lui sembla surprendre une expression dans ce sens sur le visage de sa mère.

— Je t’écoute.

— J’ai besoin de toutes les informations dont vous disposez sur le cinquième bataillon spécial de reconnaissance et sur le général Fright.

***

— Mon général, la section des sapeurs a atteint le sanctuaire !

Fright, qui était assis en pleine réflexion, se redressa de la hauteur de son armure de combat pressurisée et le regarda intensément.

— Excellent, cadet Karlen !

Il se tourna vers l’un des écrans holographiques du poste de commandement avancé. Le visage du capitaine Hoshimara trahissait une certaine inquiétude :

— Des nouvelles de nos hôtes ?

— Un autre vaisseau est sorti d’hyperespace il y a peu. D’après nos informations, il s’agirait d’un croiseur léger à la bannière d’Eokard.

— Ah, ennuyeux.

— Tacops pense que, d’ici deux heures, leur flotte combinée va passer à l’attaque.

— Deux heures ? Ça nous laisse un peu de marge. Merci capitaine, gardez ce canal ouvert si la situation évolue.

Fright se retourna pour plonger son regard dans le sien.

— Cadet Karlen ? Vous êtes toujours là ?

— Oui monsieur, je…

— Rompez, cadet ! Allez rejoindre votre unité.

Le jeune Michael déglutit, claqua le salut le plus parfait possible – même si le général avait déjà reporté son attention ailleurs – et repartit vers les profondeurs du satellite. La lune de Listant avait, par beaucoup de côtés, de nombreux points communs avec celle de la Terre : c’était un astre mort, à la gravité faible, et couvert d’une poussière à l’apparence de cendres, mais les premiers habitants de Listant y avaient construit une sorte de mausolée.

S’il pouvait en juger par l’état des lieux, cet endroit était resté oublié pendant des millénaires, jusqu’à ce que l’arrivée d’une task force de la Fédération ne réveille les velléités agressives des autochtones. Lesquels n’avaient pu leur opposer que des vaisseaux de guerre obsolètes au commandement peu au fait des tactiques récentes ; même en infériorité numérique, les vaisseaux terriens avaient su leur damer le pion pendant plusieurs années. Mais, ces dernières semaines, les clans locaux avaient fini par faire jouer les liens de solidarité et les autres mondes des Ligues atlani – Brivianë, puis maintenant Eokard – avaient envoyé des vaisseaux en renfort. Et autant les clans brivians n’étaient pas des foudres de guerre, autant ceux d’Eokard entretenaient une tradition martiale au fait des évolutions récentes.

Le temps jouait contre eux.

À dire vrai, le cadet Michael Karlen ne savait pas trop ce que lui et une poignée de ses camarades faisaient en pleine zone de conflit. Techniquement, à seize ans, il n’aurait jamais dû être engagé dans une telle opération, mais la division de reconnaissance spéciale de la Garde, en la personne du général Fright, avait spécifiquement requis sa participation et sa mère n’avait pas su – plus probablement pas voulu – dire non. Les rumeurs disaient que ça avait un rapport avec le résultat étrange qu’il avait eu au test utilisé pour détecter les dangereux mutants arcanistes. La bonne nouvelle : il n’était pas arcaniste. Mais le résultat du test était si particulier qu’il lui avait valu de passer devant une commission médicale spéciale – et il n’était pas le seul parmi les cadets à avoir subi cette épreuve.

Il rejoint son poste, un carrefour au milieu du mausolée – plus une cité qu’un simple tombeau, à vrai dire – que lui et quatre de ses camarades d’unité gardaient. Juste au moment où il arrivait, une première secousse fit trembler le sol.

— Alerte, attaque en cours !, l’informa le canal automatique. L’instant d’après, la voix du général résonna :

— À toutes les unités : préparez-vous à évacuer. Cadets, vous fermez la marche. Assurez-vous que les sapeurs évacuent avec leur charge.

Michael n’eut pas le temps de réagir : les sapeurs arrivaient, entourant ce qui ressemblait à un sarcophage cryogénique, taillé dans un métal laiteux et orné de façon baroque, qui reposait sur une plateforme antigrav. Une deuxième secousse fit basculer les halogènes et, un court instant, le couloir se retrouva plongé dans le noir total ; il vit alors une brève lueur orangée émaner du sarcophage avant que les éclairages des armures pressurisées n’entrent en action.

Le lieutenant en queue de cortège lui fit le signe convenu : ils étaient les derniers. Il dégaina le fusil Fulgurant court accroché dans son dos et lança :

— Cadets ! On décroche, suivez les sapeurs et gardez l’œil ouvert !

Ils remontèrent ainsi le plus clair de la cité, alors que les impacts se rapprochaient. À la poussière tombant du plafond et des murs se rajoutaient des bouts de maçonnerie, le tout se mêlant dans les éclairages crus des lampes pour former une ambiance angoissante. On n’entendait plus dans les communicateurs que les respirations haletantes des combattants.

Il ne leur restait plus que quelques dizaines de mètres quand un impact soudain, très proche, fit s’effondrer une partie du mur. Son entraînement pris le pas sur la panique naissante : Michael aida ses camarades cadets et aussi quelques ingénieurs à s’extraire de sous les gravats. Par chance, personne n’était blessé.

Il put brièvement voir le sarcophage, couvert d’inscriptions qu’il identifia comme une forme antique d’eyldarin. Une vitre en partie opacifiée par les sédiments lui révéla le visage pâle d’une femme habillée dans une combinaison d’un noir de jais. Comme il l’observait, elle ouvrit des yeux rouges et lui rendit intensément son regard.

***

Dans sa chambre d’hôtel de Xishanghai, Michael Karlen se réveilla soudainement. Il était en sueur ; un coup d’œil à son assistant personnel confirma qu’il avait une pointe de fièvre – sans doute un effet secondaire du traitement antiradiations. Il se sentait à la fois pâteux et possédé par une idée d’une clarté aveuglante. Il savait ses communications surveillées, mais de toute manière, ce qu’il avait à dire ne pouvait pas vraiment être exprimé autrement que face à face. Autant jouer le jeu.

Avec un soupir, il ouvrit la housse translucide, frappée du symbole de décontamination NBC, et récupéra son costume de travail, que les services logistiques de l’armée avaient consciencieusement nettoyé – et truffé de marqueurs. Il passa la demi-heure suivante à en désactiver la plupart, autant pour la forme que pour s’occuper l’esprit. Son vol transorbital pour Bâle décollait dans quatre heures, il avait juste le temps de prendre un déjeuner.

***

— Merci de m’avoir reçu si vite, Lord Rinaldo.

Dans la fraîcheur de la salle climatisée, bienvenue dans le climat étouffant de l’été à Copacabana, le maître arcaniste lui sourit, à peine surpris par le costume clair à la coupe bon marché et la casquette pour touristes, accoutrement somme toute assez peu compatible avec le Michael Karlen « officiel ».

— De rien, Michael. Je te connais depuis suffisamment longtemps pour savoir que tes visites à l’improviste ne sont jamais futiles. Et puis j’ai eu le temps de jeter un œil à ton résumé. Il y a là un nom qui m’a tout de suite interpelé.

— Fright ?

— Oui, le général Jonathan Fright, alias John Bright, est un personnage que nos services surveillent depuis quelques années. Il est récemment passé dans la région et nous avons pu avoir confirmation qu’il fricotait avec des militaires arcanistes.

— Le cinquième BSR ?

Il fallut un instant à Lord Rinaldo pour développer l’acronyme.

— Oui, cette unité. J’ai été surpris que tu y sois lié.

— Pas tout à fait : quand j’étais cadet, j’ai été impliqué dans ce que les Atlani appellent « l’incident de Listant ». Une Opale – il précisa face au sourcil levé de son vis-à-vis : une « Opération à autorisation latérale », par opposition à celles autorisées par la voie hiérarchique. Bref. Je n’ai pas tout de suite fait le rapprochement, mais j’y ai repensé récemment et je pense que ma sélection avait à voir avec le fait que je suis ce que la Rose de Mars appelle un trou noir, si je ne m’abuse – quelqu’un complètement imperméable aux pouvoirs psychiques.

— J’ignorais que cette vieille histoire avait un versant arcaniste…

— À vrai dire, un peu tout le monde ignore le but de cette opération. Même moi qui y étais, je n’en sais pas grand-chose, juste que nous avons récupéré une sorte de sarcophage dans les ruines d’un mausolée ou d’une ville ancienne sous la surface de la lune de Listant.

— Un sarcophage ?

— Oui, un cercueil cryogénique, mais d’un modèle très ancien et qui semblait encore fonctionner. Ça te rappelle quelque chose ?

Lord Rinaldo fit la grimace :

— Tu m’en veux encore pour cette histoire chypriote ?… Je n’ai su que tu étais présent que très tard, notre contact n’avait pas jugé bon de nous signaler ta présence.

— Oui et non… c’était il y a deux ans, mais j’ai quand même failli y passer, il y a eu pas mal de morts inutiles et je n’ai toujours pas compris ce qui s’est passé, sinon que le sarcophage a discrètement été récupéré par la République eyldarin.

— C’est un peu plus compliqué que ça… Bon, comme de toute façon le diable est déjà hors de la boîte – littéralement – ce n’est plus trop la peine de te cacher des choses. Le sarcophage a été récupéré par notre honorable correspondante en République eyldarin, Hiriel Galadril.

Michael fronça les sourcils :

— La légendaire reine des Eyldar, dont personne ne sait si elle est vivante ou morte ?

— Personne en Fédération des hautes-terres peut-être, répondit l’arcaniste avec un sourire amusé. Et encore, j’en doute : il y aurait beaucoup de choses à dire sur vos services de renseignements, notamment sur leur côté pléthorique et le manque de communication inter-services, mais je doute qu’ils soient incompétents à ce point. Bref. C’est elle qui a récupéré le… colis. Qui, depuis, s’est réveillé et est devenu un agent de Galadril.

— Ah, encore une reine millénaire eyldarin dans la nature, donc ?

— Quelque chose comme ça. Elle fait équipe avec Kyoshi, d’ailleurs.

Karlen manqua de s’étouffer de rire avec son café frappé.

— « Elle fait équipe », hein ? Blague eyldarin, je suppose.

— Eh bien…, commença Lord Rinaldo, l’air visiblement gêné.

— Laisse tomber, je la connais assez pour savoir que c’est tout à fait son genre. Au fait, c’est pour cela qu’elle avait essayé de me contacter il y a trois semaines ou un mois ?

— C’était en rapport avec la mission chypriote, oui.

— J’étais à Wahlenstadt, sur Europa, une enquête sous couverture, donc pas de contacts. Bon, eh bien il ne me reste plus à rendre visite à ces tourterelles. Je suppose qu’il vaut mieux que je m’annonce un peu à l’avance ?

— C’est-à-dire, répondit l’arcaniste en rougissant… Tu les as manquées de peu : elles ont pris un paquebot pour Alenia il y a cinq jours. Le Lithlaris.

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