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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 1

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 1

Cet article est le numéro 1 d'une série de 11 intitulée Erdorin, Livre 5

— Bienvenue sur Orion Zero !

Michael Karlen laissa échapper un petit rire ironique. Il était une des rares personnes dans la Sphère qui, non seulement connaissaient l’existence de ce lieu, mais avaient également pu le visiter. Orion Zero, ou Oz, était le chantier spatial des projets les plus secrets de la Fédération des hautes-terres. Pas celui où se préparait l’avenir de la flotte, mais là où les ingénieurs expérimentaient avec des concepts plus fumeux.

Sans surprise, il dépendait de la Fédération highlander d’Orion et, plus précisément, du secteur militaire d’Orion I, mais il était dans un système stellaire voisin, camouflé au milieu des amas d’astéroïdes qui orbitaient autour d’une jeune étoile.

Ce qui expliquait pourquoi son copilote était le colonel Elkas Sargendil, un atalen de grande taille, au teint pâle et qui portait ses cheveux noirs en coupe courte très réglementaire. Le personnage lui avait été recommandé dans un briefing reçu par des circuits peu orthodoxes à sa sortie d’hyperespace, non loin du très animé starport de Tulingarin – aussi connu sous la nomenclature Orion IV.

Officiellement, il était toujours détaché par la Brigade territoriale européenne auprès du Bureau interfédéral de protection de la population – son équivalent highlander – mais, dans les faits, Michael sentait qu’une officine autrement plus puissante l’utilisait comme un pion pour une affaire qui, certes, le concernait quelque part, mais surtout le dépassait.

Le sentiment était désagréable au possible. Il avait une habitude certaine des invraisemblables grenouillages des administrations highlanders – en comparaison desquelles même la bureaucratie européenne faisait pâle figure. Mais, déjà qu’à l’époque où il était militaire, ça ne l’enthousiasmait pas, depuis son « départ précipité » de la Fédération – départ que des personnes plus directes auraient qualifié de désertion – l’idée de s’y retrouver plongé le glaçait. Il suffirait qu’un gratte-clavier à Central City ou ailleurs décide que sa tête ne lui revenait pas pour qu’il disparaisse, soit dans un cachot secret quelque part sur une des multiples colonies pénitentiaires du régime, soit, plus simplement, en particules azotées flottant librement dans l’espace.

La présence du colonel Sargendil était cependant rassurante. Non pas tant par la familiarité affichée – tutoiement et usage du prénom de rigueur, sans parler des propositions sexuelles – que par le fait que, si disparition il devait y avoir, ses adversaires allaient probablement hésiter à deux fois avant de dézinguer en même temps un membre des puissants Renseignements militaires. Probablement.

— Merci, Elkas. On reste ici pour le moment et on déploie les drones.

— D’accord. Le colonel stabilisa le patrouilleur à quelques dizaines de kilomètres de la station, qui était à peine visible sur le fond du noir de l’espace. Tu crains des problèmes ?

— Disons que la dernière base du genre que j’ai visitée recelait une mauvaise surprise.

— Mauvaise comment ?

— Cinq kilotonnes. C’est pour cela que j’ai demandé à avoir accès à un patrouilleur de recherche : ces engins sont équipés de drones stellaires et d’abordage.

— Effectivement, c’est plus prudent.

Il fallait reconnaître que l’atalen que la mention d’une charge nucléaire comme piège antipersonnel ne le faisait pas tiquer plus que ça. Au reste, la synergie qui s’était créée entre les cultures martiales terriennes et stellaires, autour du système d’Orion, prouvait que les deux peuples avaient plus de points communs qu’aucun des deux n’aurait voulu l’avouer.

— Tu préfères l’intérieur ou l’extérieur ?

Michael ne put s’empêcher un début de rire.

***

Il se réveilla sur une pile de coussins qui hébergeait également quatre ou cinq autres personnes – à ce stade d’enchevêtrement, ce n’était pas très clair. D’ailleurs, lui non plus n’était pas très clair : entre la nourriture très riche, les alcools très forts et les autochtones très entreprenants, il avait l’impression d’avoir couru trois marathons entrecoupés d’autant de choucroutes.

Michael parvint à s’extraire de l’amas sans réveiller personne, ramassa pour la forme un pantalon qui n’était pas le sien, puis traversa le parc désormais silencieux pour rejoindre le petit bungalow que son hôte lui avait attribué – le seul qui était doté d’une serrure, dûment réglée sur sa propre onde biologique. Le clan Sargendil avait beau avoir les atours d’un clan atalen traditionnel, il était également au niveau question sécurité.

Il se servit un grand verre à la carafe de jus de fruit dilué qui trônait sur la table ; le liquide était chambré, mais désaltérant. Le sucre était un bonus. Puis, d’un mouvement, il réactiva les écrans de son communicateur. Les agents informatiques avaient fait leur travail et présentaient à leur utilisateur un faisceau d’informations synthétisé. Ce n’était pas un rapport en bonne et due forme, mais ça en prenait le chemin.

Il réorganisa les données, dépliant certaines piles, en condensant d’autres, recoupant et comparant. Plus son travail avançait, moins il aimait ce qu’il commençait à voir apparaître.

— Toc toc…

— Entre, Elkas !

— Déjà au boulot ?, demanda l’atalen. Il avait passé lui aussi un pagne, plus par souci des convenances pour son invité terrien que par habitude.

— Je m’y serais mis plus tôt, mais ton clan était très enthousiaste.

— On a peu de visiteurs, surtout des mondes extérieurs. Mais je pensais surtout qu’ils t’auraient plus fatigué.

— J’entretiens ma forme.

— J’ai vu ça.

Ils rirent tous deux au double sens, puis Michael agrandit son écran principal pour le bénéfice de son confrère des Renseignements militaires.

— Bon, les informations que nous avons récupérées sur Oz confirment ce dont je me doutais déjà : la base a bel et bien été investie par le Cinquième Bataillon spécial de la Garde.

— Hmm… Jamais entendu parler.

— Moi si. J’ai brièvement fait partie du premier, il y a plus de vingt ans. Il était « spécial » en ce qu’il faisait appel exclusivement à des personnes insensibles aux Arcanes.

Elkas leva un sourcil. Les atlani avaient nettement moins de problèmes culturels avec les Arcanistes, mais il connaissait l’atavisme highlander qui liait pouvoirs mentaux et mutations – et mutations avec « ennemi de l’intérieur ».

— Attends, j’ai mieux, continua Michael. De ce que je sais, le Cinquième Bataillon est constitué d’Arcanistes. Et il est fort probable que les cinq autres – il y en a six en tout – soient du même ordre.

— Pfou ! Ça représente, quoi, deux mille personnes ?

— Environ, oui. Mais il y a très peu d’informations sur le sujet, même auprès de sources haut placées. Leur chef est le général Jonathan Fright. Techniquement, ce n’est qu’un trois-patates parmi tant d’autres, mais il est lié au Premier cercle. On dit que c’est un intime du Président.

— Attends, si c’est un « primus », pourquoi tu enquêtes dessus ?

— Bonne question. Je suppose qu’il y a des luttes de pouvoir au sein du Premier cercle et que la Police politique est derrière mon affectation. Impossible à prouver, bien sûr, mais disons que j’ai trouvé sur mon chemin beaucoup d’agents féminins en apparence inoffensifs et qui avaient beaucoup plus de pouvoir qu’elles n’auraient dû.

— Eh bien…

— Ce n’est pas tout. J’ai pu faire quelques recoupements sur ce qui a été construit là-bas. Ils ont bien effacé leurs traces question plans et autres, mais en regardant ce qui a transité niveau logistique et le personnel impliqué, c’est probablement un très gros vaisseau.

— Gros comment ?

— Au minimum de la taille d’un cuirassé lanceur d’engins, probablement plus gros encore si je prends en compte les dernières avancées en matière d’automatisation. Peut-être même de la taille de l’USS Lib… euh, du HLS Gabriel Fore.

Elkas s’amusa un instant du lapsus. Le vaisseau-amiral de la flotte highlander avait été capturé il y a près de deux siècles par un clan eyldarin, qui l’avait ensuite revendu – pour un zloty symbolique, disait la Légende – à une organisation mercenaire connue pour son anti-highlanderisme primaire.

— Un truc aussi gros, ce serait étonnant. On n’a plus rien construit de tel depuis, non ? Tout le monde dit que c’est un gaspillage de ressources.

— Quelqu’un a eu une autre idée, on dirait. Ça ne me rassure pas.

— Un vaisseau de guerre piloté par des Arcanistes avec à sa tête un général membre du Premier cercle, tu m’étonnes ! Bon, on va prendre un café en attendant que les autres se réveillent ?

Michael acquiesça et suivit son hôte. Il ne fut pas surpris d’apprendre que l’expression « prendre un café » cachait également un double sens.

***

Assis dans le Business Pod qu’il avait loué et dont il avait activé tous les dispositifs de confidentialité – ainsi que deux-trois protocoles maison, pour être sûr – Michael finit de déballer le communicateur qu’il venait d’acquérir au distributeur. Un modèle minimaliste, en carton plastifié. Il le connecta à sa console, qui s’empressa de virer tous les mouchards et de réécrire les nanocodes de connexion.

Kyoshi appelait ça « annuler la garantie », mais ce genre de bidule n’avait pas de garantie, juste une consigne-recyclage. Une minute plus tard, il recevait les premiers messages. Il avait quelques jours de retard et, évidemment, ses correspondantes en avaient profité pour faire des leurs. Sortir un vaisseau de ligne de sa trajectoire hyperspatiale n’était pas à la portée de n’importe qui !

Alenia. Il grimaça. Depuis Orion, la station spatiale eyldarin n’était pas très loin, mais il y avait peu de communications directes. Il se résolut à passer par Fantir. Avec un peu de chance, il arriverait à les retrouver avant qu’elles ne repartent. Ou qu’elles ne rasent la station.

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