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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 4, chapitre 4

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 4, chapitre 4

Cet article est le numéro 4 d'une série de 12 intitulée Erdorin, Livre 4

Daeithil entrouvrit les yeux. La lumière du jour commençait à envahir la vaste chambre d’une lumière rasante dans laquelle jouaient des ballets de poussière. En ce début d’hiver, l’air était frais ; elle attrapa la couverture et s’enroula brusquement dedans.

— Hé !

Une ombre apparut à la limite de son champ de vision, une main se saisit d’un coin de la couverture et tira ; elle accompagna le mouvement et roula sur l’importun individu. La lutte dura quelques longues secondes, avant qu’elle se retrouve assise à califourchon sur le torse de son époux.

Échevelée, l’œil gourmand et à peine vêtue d’un drap froissé qui peinait à contenir sa silhouette, elle contempla l’anatomie de Berangorn, qui tentait de reprendre sa respiration, à travers la large échancrure de sa chemise ; elle avait réussi à bloquer ses bras sous ses propres jambes. Elle commença à tracer du doigt les muscles de son torse.

— Enfin, ma dame, finit-il par dire en tentant de maîtriser son souffle, est-ce ainsi que l’on traite son roi ?

— Je ne sais, répondit-elle avec un petit rire taquin, mais c’est ainsi que je souhaite traiter le mien !

***

Le soleil était nettement plus haut dans le ciel lorsque Berangorn, nettoyé et habillé (mais pas forcément reposé), accueillit son épouse à la sortie de la salle d’eau, à la grande surprise de cette dernière.

— Je te croyais déjà parti, dit-elle.

— Rien qui ne puisse attendre. J’évite d’inviter des gens importants quand je sais que tu es d’humeur… joueuse.

— Tu me connais trop bien, répondit-elle en l’embrassant.

— Et puis j’ai à te parler d’un sujet important.

Daeithil pencha la tête vers celui qui n’était, à ce moment, plus totalement son époux bien-aimé, ni encore le souverain de Belisandar. Ce n’était pas rare que les deux discutent de sujets sensibles dans l’intimité de leurs quartiers. Elle s’installa devant sa commode et entreprit de domestiquer sa longue chevelure.

— Je t’écoute.

— C’est au sujet d’Inithil.

Le mouvement du peigne se ralentit quelques instants, mais Daeithil ne dit rien.

— Ce n’est pas ce que tu crois, dit Berangorn en prenant délicatement le peigne de ses doigts et en s’appliquant au travail de démêlage.

Ils restèrent un instant silencieux, puis il reprit :

— Enfin, si. Un peu. Toi et moi savons à quoi nous en tenir quant à nos… aventures érotiques. Elles font partie de ton rôle de prêtresse et, quelque part, elles font aussi partie de mes devoirs de souverains.

— Cruels devoirs, plaisanta Deaithil.

— Oh, tu n’imagines même pas !, répondit-il sur le même ton, avant de continuer sur un mode plus sérieux : Je sais aussi que ce que tu ressens pour Inithil est, pour dire le moins, complexe. Je le comprends et, tant que cela ne change rien à nos relations, ça ne me dérange pas. Seulement, il y a les autres courtisans, sans parler des ambassadeurs et des marchands.

— Les apparences, soupira Daeithil.

— Les apparences. Que cela nous plaise ou non, elles sont importantes et il nous faut, sinon les préserver – bref ricanement ponctué par un gloussement amusé de Daeithil – du moins y prendre garde.

Daeithil approuva silencieusement. Elle récupéra le peigne et lui embrassa brièvement les doigts. Il sourit et continua :

— Et puis j’ai l’impression qu’Inithil s’ennuie à la cour. C’est pourquoi j’ai eu une idée qui pourrait embrocher plusieurs grives d’une seule flèche.

Daeithil, qui commençait à avoir une solide habitude des plans de son royal époux, lui jeta un regard aussi amusé qu’interrogateur.

***

Inithil frissonna. C’était la première fois qu’elle remettait les pieds dans la basilique depuis le mariage royal. Elle ne se sentait jamais très à l’aise dans la demeure des dieux et, en cette époque de l’année, l’ombre apaisante du bâtiment se transformait en une sorte de grotte glaciale que les lueurs chatoyantes des vitraux réchauffaient à peine.

Aritan, le jeune diacre dans sa longue tunique, la salua en silence et la dirigea vers le sanctuaire. Elle s’arrêta en dehors du cercle, les souvenirs lui remontant en tête. Elle secoua la tête, comme pour les chasser.

Après une courte attente, la grande silhouette de Daeithil sortit des ombres, vêtue de ses atours de prêtresse. Inithil fut comme saisie par l’apparition souriante, dont elle devinait les formes dans la transparence du tissu.

— Bienvenue, Inithil Melminyo !

Inithil soupira. En mentionnant son nom complet, Daeithil lui signifiait qu’elles n’étaient pas seules et qu’une certaine retenue était de mise. Elle exécuta une brève révérence et lui sourit en retour, prenant ses mains tendues.

— Ma reine !

— Eyrindil t’accueille en son sanctuaire, sois la bienvenue !

— Que son nom en soit loué, répondit-elle selon la formule rituelle.

Elle s’avança et Daeithil la guida vers une sorte d’étude, une salle au caractère moins sacré que le reste du sanctuaire et où la prêtresse aimait travailler, étudier ou se reposer. Une troisième personne les y attendait et Inithil lui sauta dans les bras pour une accolade prolongée.

— Ardanoth !

— Salut, petite fouine ! Tu as laissé ton fauve à la cour ?

— Si j’avais su que tu venais, je l’aurais pris. Il t’aime bien, tu sais…

— Il aime le goût de mon sang, tu veux dire ? Je suis comme un gros jouet caparaçonné pour lui.

Daeithil leur servit du thé du samovar en fonte qui réchauffait agréablement la pièce.

— Ardanoth, Inithil, merci d’être venus aussi vite ! À vrai dire, ma requête n’avait aucun caractère urgent et… ce n’est pas vraiment ma requête non plus.

Le chef des Éclaireurs, qui portait encore des vêtements de voyage maculés de boue, lâcha un soupir quelque peu théâtral, mais où pointait l’agacement.

— D’accord, c’est quoi la mission foireuse, cette fois ?

Daeithil le regarda un instant avec stupéfaction avant d’éclater de rire. Il est vrai que le duo avait souvent mené, à l’instigation du roi ou de la reine, des opérations discrètes et que c’était souvent elle qui avait pour devoir de les leur confier.

— Ce n’est pas une mission.

— Mais c’est foireux.

— Potentiellement. Voilà. Nous voulons renforcer les compétences des Éclaireurs, en faire une unité qui puisse non seulement surveiller les terres du royaume, mais aussi… au-delà des frontières.

— Des espions, donc.

— Oui. Et les compétences et connaissances d’Inithil nous semblent précieuses pour…

Inithil sursauta.

— Attends, tu veux que j’enseigne à une troupe de…

— Une troupe de quoi, petite fouine ?…

Daeithil inspira et lança d’une traite :

— Inithil va intégrer les Éclaireurs en tant que formatrice pour un petit groupe, trié sur le volet par toi, Ardanoth, afin de créer un premier corps d’espions du royaume de Belisandar. Je n’ai pas besoin de vous dire que c’est un ordre du roi.

Daeithil avait pris son timbre de voix régalien, mais sans hausser le ton ; cela avait suffit pour calmer les ardeurs de ses deux vis-à-vis. Ardanoth prit un air contrit en se grattant vigoureusement la nuque, alors qu’Inithil regarda intensément la pointe de ses bottes.

C’est cette dernière qui finit par rompre le silence.

— D’accord, mais ça veut dire que nous…

— Nous ne nous verrons plus aussi souvent, répondit Daeithil avec un sourire triste.

Elle prit la main de la jeune fille et y déposa un baiser.

— Et c’est aussi le but, pas vrai ?

Les deux se tournèrent vers Ardanoth.

— Je connais Berangorn. Aussi bien que toi, d’ailleurs, ma reine. Et puis je suis peut-être un coureur des bois, un rustre qui ne connaît que la guerre et qui prend un bain par an, mais j’entends les rumeurs. Je ne serais même pas étonné si toute cette histoire ne visait pas aussi à créer la rumeur d’une liaison entre la fouine et moi.

— C’est cela, répondit Daeithil.

— Quoi ? Lui et moi ? Mais ça serait…

— … pas la première fois, répondirent les deux en chœur.

Inithil en resta bouche bée, Daeithil et Ardanoth éclatèrent de rire et la jeune fille prit un air boudeur, bras croisés, marmonnant des explications inaudibles.

Daeithil essuya une larme d’hilarité et vint s’asseoir entre ses deux invités, les enserrant dans une étreinte mi-amicale, mi-maternelle.

— C’est aussi pour cela que je voulais vous voir ici, dans le sanctuaire. Nous n’avons rien à craindre pour nos secrets, nous sommes en mon domaine, personne ne peut nous entendre si je ne le souhaite pas.

***

Dans un semi-sommeil, Daeithil se retourna sur le dos, contemplant dans la pénombre de les dessins du plafond dans la pénombre apaisante de sa cabine.

Personne ne peut nous entendre si je ne le souhaite pas. La phrase revint la hanter. Sa première erreur.

Cette histoire est également disponible sur les plateformes Wattpad, Scribay et Atramenta.

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