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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 4, chapitre 8

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 4, chapitre 8

Cet article est le numéro 8 d'une série de 12 intitulée Erdorin, Livre 4

Daeithil semblait comme flotter dans une ambiance cotonneuse. Elle était allongée sur un dallage à la température plutôt agréable, mais mouillée, comme par une pluie battante. Autour d’elle, des flammes, des cris. Mais son esprit refusait d’admettre que tout cela la concernait.

— Daeithil ! Il faut qu’on sorte de là !

Une silhouette, penchée sur elle. Berangorn ? Nu ? Cela lui rappelait vaguement quelque chose – une embuscade dans une maison de plaisirs, il y a longtemps – mais aucune pensée cohérente ne semblait vouloir s’arrêter assez longtemps pour que sa conscience ne l’analyse.

**Daeithil !**

L’image mentale était plus nette. Un visage féminin juvénile, bordé de cheveux très clairs, qui lui rappelait quelque chose.

**Inithil ?**

Elle resta interdite face à la bordée de jurons – dont elle ne comprenait pas la moitié – que ce simple nom provoqua. Sa fille avait acquis, au fil de ses pérégrinations, un vocabulaire qui surprenait même les marins des archipels pirates, mais elle évitait d’en faire usage en sa présence. En général, tout du moins. Et pourquoi maintenant ?

Il y avait du mouvement autour d’elle. D’autres corps, peu voire pas vêtus, qui se démenaient sous l’orage. L’un d’entre eux la souleva et elle cessa simplement de faire semblant d’être consciente.

***

— Vik ? Vik, réponds, merde !

Arko regarda son communicateur. La liaison n’était pas optimale, mais suffisante pour de l’audio, même chiffré. Quelque chose avait merdé. C’était à prévoir : Vikram était un technicien, pas un combattant. L’envoyer chercher les filles étaient un peu ce que ses collègues américains appelaient un Hail Mary, un geste de foi – le seul qui lui restait, vu où il se trouvait.

Car le rowaan était toujours coincé dans les soutes. Il avait réussi à se sortir de son caisson et à y coller, à sa place, le vrai-faux technicien qui l’avait agressé la veille, mais il y en avait deux autres dans les parages, plus un nombre indéterminé de combattants.

Il y avait douze sarcophages cryogéniques dans le container – le modèle militaire israélien, spécial black ops – et tous avaient été occupés. Donc, il y avait une douzaine de commandos en balade dans le Lithlaris. En fouillant rapidement parmi les caisses de transport qui garnissaient le reste de l’espace disponible, Arko n’avait trouvé aucun emballage d’armes. Par contre, il avait reconnu des références à des tenues à opto-camouflage – une technologie encore expérimentale, mais qui, dans un environnement aussi homogène qu’un vaisseau spatial, pouvait s’avérer redoutable.

Un instant, la peur d’avoir échoué dans sa mission de protection lui tordit les tripes, mais il se ressaisit. Rien n’est fini tant que ce n’est pas fini.

Il renifla brutalement, histoire de raffermir sa détermination. Il avait un plan. Restait à le mettre à exécution sans se faire exécuter lui-même.

***

— Le rowaan sur le poste central, urgence vitale ! Elle, pose-là ici ! Empoisonnement léger, somnifère.

Kyoshi avait pris le commandement de ce qui ressemblait à un poste sanitaire avancé sur une zone de guerre. Dans les faits, il s’agissait juste d’un incendie mineur dans les thermes qui, fort heureusement, étaient contiguës à la Maison de soins. Cependant, l’événement avait eu pour conséquence un grand nombre de victimes : une des salles commune avait été transformée en une aire de triage improvisée où affluaient un grand nombre de personnes retrouvées inconscientes.

Quasiment toutes étaient des membres du personnel des salons de massage, qui avaient reçu un coup de neutralisateur et qui avaient été cachées dans des salles de repos ou des cagibis discrets. Seuls Daeithil, le rowaan – dont Kyoshi ignorait le nom, mais qu’elle avait fini par reconnaître comme un des complices habituels d’Arko – et Kyoshi elle-même, dans une moindre mesure, présentaient des pathologies particulières.

Weryn, ou quelque fut son vrai nom, était au-delà toute aide. Kyoshi aurait bien aimé lui poser quelques questions, mais la neurotoxine dont les dards étaient imprégnés – en plus du plasma psychique de l’arcaniste – lui avait été fatale. La Terrienne ne la pleurerait pas trop.

Elle s’approcha du rowaan, qui avait reçu une méchante dose du poison. Il était encore conscient, mais semblait en état de choc.

— Merci de nous avoir sauvées !

— Oh… un ange…

Malgré sa stature filiforme, il était doté d’une constitution solide. Un peu trop solide, d’ailleurs, au goût de Satjar, le médecin-chef, qui lui avait déjà administré une double dose de somnifères et qui grommelait sur le fait qu’il était toujours habillé (prudent, il préférait attendre qu’il soit inconscient pour le débarrasser de ses vêtements).

Sa voix était étonnamment assurée et Kyoshi mit quelques instants avant de se rappeler qu’elle était nue. Elle était trop préoccupée par la situation pour en rougir.

— Ouais, si tu veux. Moi c’est Kyoshi, et toi ?

— Cochise ? Je devais sauver une Cochise. Je crois. Et un Démicille, aussi…

— Daeithil ?

— Oui, c’est ça… c’est aussi un ange ? J’ai vu un autre ange, tout à l’heure. Et un troisième, mais elle m’a tué.

— Qui t’a demandé de nous sauver ? Arko ?

— Arko, l’Archange… le chef, le patron. Oui.

— Et il est où ?

— C’est un Archange, il est au ciel…

— Quoi ?

Kyoshi réprima à grand peine un pincement à l’estomac, mais le rowaan éclata d’un rire qui se termina par une quinte de toux et un râle. C’est d’une voix bien plus faible qu’il conclut :

— Nan, j’déconne. Il est planqué dans les soutes.

Il fouilla fébrilement dans ses poches et en sortit l’unité centrale d’un communicateur, qu’il tendit d’une main tremblante.

— Moi c’est Vik, le code c’est…

Et c’est évidemment à ce moment que les somnifères se décidèrent enfin à agir et il sombra dans le coma. Satjar, qui surveillait les constantes de son patient, échangea un regard désolé avec la Terrienne.

— Est-ce qu’il…, commença-t-elle.

— Pfah !, lâcha-t-il d’un ton faussement désabusé. Ça m’étonnerait. J’ai déjà eu affaire à des rowaans et ces types-là, soit ça tombe tout de suite et ça ne se relève plus, soit ça guérit en deux jours standards. Ce n’est pas le genre à se laisser aller à des agonies prolongées.

Kyoshi revint vers la couche de Daeithil, qui semblait dormir comme une bienheureuse, complètement ignorante du chaos autour d’elle. Satjar la suivit, fit brièvement apparaître un écran holographique et hocha la tête d’un air satisfait.

— Quant à ta plantureuse compagne, elle a été exposée au même agent lénifiant que toi, mais à plus forte dose ; il devait également en avoir dans l’huile de massage. Fort heureusement, ma Maison de soins dispose de technologies de pointe en matière d’analyses et de contrepoisons. L’équipe commence à avoir une certaine expérience dans le traitement des expérimentations hasardeuses en matière de drogues récréatives.

— Merci.

— Je te laisse, j’ai d’autres patients.

La Terrienne hocha la tête et, comme elle regardait avec inquiétude Daeithil, l’Eylwen émergea de son sommeil artificiel avec un air hébété.

— K… Kyoshi ?

— Ça va, ‘Sil. Nous sommes en sécurité pour le moment, mais nous avons un problème.

***

— Situation ?

— Aucun contact avec Wenyr. Elle ne répond plus.

Ethenar laissa échapper un soupir de frustration. Le plan était bon, mais elle n’aurait jamais dû y aller sans renforts. Certes, Wenyr était la seule dans son équipe qui avait la formation pour faire illusion, surtout face à une telandil, mais c’était un principe chez lui : jamais d’opération en solo à moins que ce ne soit absolument nécessaire.

Au vu du barouf autour des thermes – équipes de secours, alarmes incendie et arrivée en masse de la milice – une conclusion s’imposait : leur cible était encore en vie et Wenyr avait échoué. Et elle était probablement…

Ethenar fronça les sourcils et chassa la pensée de son esprit. Avec près d’un siècle d’expérience sur divers champs de bataille, notamment dans la Frontière, ce n’était pas le premier combattant qu’il perdait – pas non plus le premier avec lequel il avait partagé des moments très agréables. Il avait une mission à accomplir avec une fenêtre limitée : contre toute attente, l’équipe de soutien avait réussi à neutraliser le garde du corps, mais il avait une confiance limitée en ce trio qu’on lui avait imposé et, de plus, la petite Terrienne semblait elle aussi redoutable ; probablement arcaniste.

Avec son équipe éparpillée autour de cette portion de l’écospace, Ethenar couvrait une grande partie des sorties possibles. S’il avait pu avoir accès à des armes à distance, il aurait été encore plus rassuré, mais ils avaient dû se contenter de machettes et de haches en céramique, fabriquées sur les micro-usines à pièces détachées d’un des ateliers du vaisseau. Pas idéal, mais mieux que rien et, surtout, en phase avec leur impératif de discrétion.

— Contact thermique !

Falstaff, l’ancien soldat européen qui gérait leur batterie de senseurs, fit apparaître un écho amplifié sur son affichage à réalité augmentée.

— Elles passent par les égouts ?

Ethenar retint un petit rire. Pensée typique de Thiril, la jeune urbaine dont c’était la première mission à bord d’un vaisseau.

— Par les gaines techniques, plutôt. Équipe un : partez en interception ! Équipe deux, restez sur place et surveillez les sorties, si jamais Wenyr ressortait. Équipe trois, avec moi en deuxième rideau. Exécution !

***

— Tu crois vraiment que c’est une bonne idée ?

Kyoshi et Daeithil s’avançaient dans les couloirs encombrés ; l’eylwen avait demandé à Satjar un produit stimulant, que ce dernier lui avait fourni avec un instant d’hésitation, et avait récupéré toute sa vivacité. Elle répondit :

— Si tu en as une meilleure…

La Terrienne fronça les sourcils en silence. Elle avait déjà assez de mal à crapahuter dans ces boyaux sombres et crasseux, à peine vêtue d’une culotte et d’un soutien-gorge imprimés à la va-vite sur une des tisseuses de la Maison de soins, pour elle et pour Daeithil. Heureusement qu’elle connaissait leurs mensurations respectives par cœur !

Mais elle devait reconnaître que Daeithil avait raison : elles n’avaient aucune nouvelle d’Arko, leur cabine était très probablement sous surveillance et la milice de bord, si elle était efficace pour gérer des passagers odieux, lui semblait un peu trop légère face à ce qui commençait à ressembler à une attaque en règle.

Kyoshi avait récupéré le communicateur de ce Vik, mais c’était un modèle israélien avec un chiffrage pour adultes et il lui faudrait un moment – et un peu plus d’équipement que des sous-vêtements en coton – pour y accéder.

Elles avaient besoin de renforts.

***

Lyrin et Kerwir étaient encore enlacés après une longue séance d’entraînement au corps-à-corps qui s’était poursuivie par une autre forme de corps-à-corps. Ils n’étaient pas les seuls et, non loin d’eux, dans la petite mare, ils pouvaient entendre Weyran, Eithar et Meriel alterner cris, rires et soupirs suggestifs.

**On finit par y reprendre goût, hein ?**

**Tu en doutais ?**

Lyrin pouffa et lui murmura à l’oreille : « Pas un seul instant. »

— N’empêche, poursuivit-elle, que si je pouvais ne jamais revoir cette Daeithil et sa Terrienne cinglée…

— Pléonasme.

— Je sais. Bref, ça serait déjà trop tôt.

C’est à ce moment qu’une souche d’arbre se souleva, révélant une trappe de service d’où surgit Kyoshi, puis Daeithil.

Le silence se fit instantanément dans la petite clairière.

— Lensil. On dérange ?

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