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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 5

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 5

Cet article est le numéro 5 d'une série de 7 intitulée Erdorin, Livre 5

— Je dérange ?

Daeithil sourit. La question était de pure forme, vu que c’était elle qui avait demandé à Weyran de la rejoindre dans « son » bassin. L’ataneylda glissa sa silhouette élégante dans l’onde, profita un instant de la tiédeur de l’eau, puis s’assit en face d’elle ; le bassin n’était pas très grand et leurs corps se frôlaient. Il consulta machinalement le bracelet d’argent, d’or et de cuivre à son poignet.

— Ça va, pas d’indiscrétion à craindre.

— Merci. Tu as pu obtenir des informations ?

— Oui, enfin, c’est surtout Meriel qui a fait jouer ses contacts. Mais la situation évolue très vite.

— C’est-à-dire ?

— Kyoshi s’est évadée.

Les yeux de Daeithil s’écarquillèrent. Quelque part au fond d’elle-même, elle se disait qu’elle ne devrait pas être surprise, la Terrienne ayant une tendance certaine à l’imprévisibilité.

— C’est plus compliqué que ça, il semble. Je te résume : elle a été donc arrêtée et détenue dans le domaine d’un enquêteur. Il y a eu une… attaque sur ce domaine et, dans la confusion, elle s’est enfuie. C’est probablement à ce moment qu’elle t’a contactée.

— Mais pourquoi a-t-elle été arrêtée ? Ce n’est quand même pas elle qui a causé cette explosion ?

Weyran soupira et s’allongea sur le dos, à côté de Daeithil. L’instant était mal choisi, mais elle eut du mal à arracher son regard des jeux entre l’eau et l’anatomie de son interlocuteur.

— Non, mais… il y a des indices troublants. Des témoins l’ont vue sur place avant l’explosion, elle était sur les lieux, des victimes ont été tuées avec un sabre court du genre qu’elle affectionne.

— Elle m’a dit que quelqu’un avait son apparence.

— Oui. Et si c’est le cas, c’est très mauvais signe : ça veut dire que quelqu’un la cible directement. Et c’est quelqu’un qui a sans doute des contacts auprès de la milice. Voire plus haut…

— Les clans dirigeants de la station ?

— Peut-être. Là encore, Meriel enquête. C’est une elenari, elle vient des clans stellaires, mais ça m’inquiète de la savoir seule.

Daeithil prit délicatement son poignet. Elle regarda le bracelet qui servait également de communicateur.

— C’est pour elle, n’est-ce pas ?, demanda-t-elle.

— Oui, mais pas seulement, répondit-il avec un sourire.

Il indiqua les multiples fils d’or et d’argent qui formaient une fine tresse :

— Il y a là Meriel et moi, mais aussi sa compagne, ma compagne et mon compagnon. Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, ça a été… comment disent les Terriens, déjà ? Ah oui ; un coup de foudre. Et, par chance, nos autres compagnons et compagnes se sont aussi appréciés et nous formons un ensemble.

— Ça doit donner lieu à des figures érotiques intéressantes…

— Oui, admit-il avec un sourire très éloquent. Mais ce n’est pas le principal. « L’amour, c’est quand on n’a pas besoin du sexe pour être heureux ensemble. »

Daeithil sourit en retour, mais la citation la ramena à des pensées nostalgiques vers sa propre famille, puis à Kyoshi. Elle reprit, plus sérieuse :

— Qu’en pensent les autres Ombres ?

— Que c’est sans doute toi qui es visée. Attaquer Kyoshi, c’est pour te déstabiliser. Ou pour l’éloigner, elle et Arko. Sans vouloir te vexer, belle dame, ces deux-là t’ont sauvé la mise plus souvent qu’à leur tour.

— C’est aussi ce que je soupçonne…

Elle laissa sa phrase en suspens. Elle soupçonnait beaucoup de choses. Beaucoup trop de choses. Il y avait trop d’inconnues.

Weyran se redressa et tendit sa main vers Daeithil.

— Je crois que notre « tête-à-tête » a assez duré ; nous devrions rejoindre nos hôtes…

Daeithil accepta la main tendue et se releva, jusqu’à frôler l’ataneylda. Ils restèrent un instant, à quelques millimètres l’un de l’autre, main dans la main. Elle avait besoin de se changer les idées, ne serait-ce qu’un instant.

—… mais nous avons encore quelques minutes, je suppose, conclut-il dans un souffle.

***

Meriel sourit. Elle avait eu un bref contact mental avec Weyran qui lui confirmait qu’elle n’avait pas la partie la plus agréable de la mission. Couchée dans l’herbe, au bord d’un des bassins de l’écospace central où elle était venue nager un moment – tout au moins officiellement – elle resta encore quelques instants à se perdre dans la luxuriance des frondaisons. Si elle faisait vraiment attention, elle pouvait deviner les structures de la station derrière le feuillage.

Un léger tintement attira son attention. D’un doigt sur son tour de cou, elle appela une fenêtre holographique, qui affichait la confirmation d’une demande de contact, suivie de coordonnées dans l’espace administratif. Fin de la sieste, retour au travail !

L’eylwen se releva, s’étira longuement et remit ses vêtements sans hâte. Elle réajusta aussi son pansement au bras, avec une petite grimace. Elle n’en avait plus besoin, mais elle avait noté que ça lui conférait une petite aura de vulnérabilité qui faisait que ses interlocuteurs ne la voyaient pas comme une menace. Toujours pratique pour obtenir des informations.

Elle récupéra en dernier sa besace, avec une négligence calculée destinée à faire oublier le fait qu’elle contenait son arme de service, un kerbenathan. Être une Ombre a ses avantages, même dans une station. Elle avait cependant chargé des projectiles antipersonnel ; l’idée même de faire accidentellement un trou dans la station était odieuse à son éducation de stellaire.

Saluant les quelques personnes présentes autour du bassin, elle repartit sans hâte vers le secteur administratif de l’écospace. Cette Merithin Caralis lui avait été recommandée par un de ses contacts comme une experte dans les structures de la station. Meriel croyait en l’approche indirecte et même si ce n’était pas la personne la plus évidente à contacter pour les événements qui l’intéressaient, elle avait sans doute des indications pertinentes pour mieux comprendre le fonctionnement de la station.

***

Anthil observa un long moment la silhouette qui s’éloignait du petit pavillon. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua la présence de son hôtesse que lorsque cette dernière posa ses mains sur ses épaules et déposa un baiser sur son front. Il se laissa aller en arrière et leurs lèvres se touchèrent brièvement.

— J’imagine que tu as entendu la conversation, dit Merithin.

— Oui, et j’ai pu vérifier avec mes sources : cette Meriel est bien une Ombre et elle fait désormais partie de l’entourage de Daeithil.

— Ça complique les choses.

— Un peu, admit-il. Il faudra également trouver un moyen de les neutraliser.

— Si ça ne tient qu’à ça, dit-elle en se glissant dans le bassin sans prendre la peine de retirer sa tunique, je peux l’inviter pour une réunion plus intime.

— Oh, une solution radicale ?

— Je ne préférerais pas. Elle est plutôt charmante et je suppose que l’Agora verrait d’un très mauvais œil qu’on élimine ses agents de renseignements.

— Je ne crois pas que l’on risque grand-chose : elle n’a pas vraiment d’allégeance clanique importante. Mais tu as raison. Autant ne pas commencer à accumuler les corps, ça fait désordre.

Anthil se retint bien de lui dire que, si son plan réussissait, ce n’était pas la mort d’une Ombre qui allait faire une grande différence.

— On s’en tient donc au plan, demanda-t-elle en faisant glisser ses doigts sur le torse de l’eylda.

— Tout à fait. Tu lui as transmis les coordonnées ?

— Oui, c’était facile. Je lui ai pour ainsi dire donné les informations qu’elle cherchait. Je n’ai même pas eu à appuyer ma suggestion.

— Parfait. Si tu m’accordes encore quelques instants, le temps d’une communication, et je suis tout à toi.

Pour toute réponse, Merithin glissa lentement dans l’eau, le long du corps de son amant, sans cesser de le regarder avec un sourire gourmand. La conversation allait devoir être brève.

***

Kyoshi ressentit la présence d’Arko avant qu’il ne passe la porte de service qui fermait le réduit dans lequel elle se morfondait, toujours engoncé dans son poncho qui la faisait ressembler à une antenne parabolique renversée et cabossée.

Elle avait froid, elle avait mal aux pieds – surtout aux chevilles, elle n’avait pas l’habitude de marcher autant sans ses talons – et aussi l’impression que toutes les blessures de ses trois dernières semaines s’étaient réveillées pour la torturer. Elle avait tenté un peu de méditation et un peu de suilekor pour calmer ses tourments, mais, pour ne rien arranger, son esprit tournait en boucle autour des événements de ces derniers jours.

— Tu as trouvé ?

— J’ai trouvé. Enfin, j’ai trouvé des trucs. Ça a été galère. T’as conscience qu’t’as pas vraiment l’gabarit des indigènes ?

La Terrienne grommela. Elle avait l’impression d’être dans une forêt de séquoias ; déjà que les eyldar avaient tendance à être grands, les ethnies stellaires l’étaient encore plus, et filiformes. Elle n’avait pas besoin de ça pour sa confiance en soi.

Arko posa son baluchon, qui était formé par une grande pèlerine dotée d’une capuche. Il renfermait une longue chemise, une paire de bermudas, une culotte et une paire de sandales, ainsi qu’une écharpe.

— C’est quoi, ça ?

— Ben j’ai dû m’fournir pour ainsi dire au rayon enfants. ‘Fin bon, c’tait pas un rayon, plus un étal, mais tu vois l’genre. Bref. Du coup, y’avait pas d’soutifs. Alors pour faire pas trop zarbi, j’ai pris l’écharpe, genre c’est pour moi, ça fait pilote et tout.

— Bien pensé. Par contre, pour la couleur…

— Ouais, ben j’ai pris c’qu’y avait, hein ! Visiblement, les clans stellaires, ça fait pas dans le sobre.

— Non, mais tu te rends compte qu’avec toi, ça fait un peu…

— Si tu dis rien, j’dirai rien !

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