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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 6

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 6

Cet article est le numéro 6 d'une série de 7 intitulée Erdorin, Livre 5

Kyoshi coupa la communication d’un coup de pouce rageur. Elle se tourna vers Arko :

— Génial. Notre commanditaire veut qu’on s’occupe d’une autre cible.

Le rowaan émit un grognement qui fit se retourner quatre personnes, pourtant de l’autre côté de la place où le duo était situé.

— On n’a déjà pas assez de ce deux cinglés ? Qui on doit buter, cette fois ?

— Pas buter, neutraliser. Une fliquette, il semble.

— Je croyais que la milice devait nous foutre la paix.

— C’est pas la milice. Plus un truc genre une Fédérale.

— Ils ont ça aussi, chez eux ?

— Tu croyais quoi, grosse pomme ? Que les eyldar, c’était hippie et compagnie ?

— T’avoueras que ça ressemble plus à ça qu’à Downtown Atlanta, répondit-il en haussant les épaules.

— Bon, la bonne nouvelle, c’est qu’elle nous l’envoie quasiment en port payé. Y’aura juste à la cueillir. Un coup de neutralisant, deux serre-joints, une dose de grododo, un placard isolé et on reprend les affaires.

— Dis-moi au moins que tu as négocié une prime…

Kyoshi éclata de rire. « Kyoshi » s’appelait en fait Clarice Kwan, mercenaire en rupture de ban et avec des dettes auprès de gens peu fréquentables. Quant à « Arko », il était connu des services de police de la Fédération pétrolière américaine sous une douzaine d’alias exotiques, et de sa maman sous le patronyme à peine moins improbable de Fortune Merriweather Van Kant.

***

Meriel vérifia une nouvelle fois l’orée de la forêt dont lui avait parlé Merithin. À l’instinct, elle avait décidé de lui jouer la carte de la franchise et de lui révéler son appartenance au corps des Ombres. Là-dessus, elle avait brodé une histoire de trafics qui transiteraient par Alenia et avait sollicité son expertise sur les endroits de la station qui pourraient héberger discrètement des individus interlopes.

L’ataneylwen avait été d’une grande aide, pointant divers recoins de la station qui, de par le passé, avait été recensés à posteriori comme des points de chute pour des gens qui n’apparaissaient pas sur les manifestes officiels de vaisseaux en transit. L’un d’entre eux était proche du moyeu et ça lui avait paru un bon endroit pour commencer.

Cependant, à voir l’endroit, elle commençait à avoir des doutes. Enquêter dans le secteur administratif, d’accord, mais fouiller seule un coin louche, c’était peut-être jouer avec le feu. Elle se remémora les paroles de l’ataneylwen : « Alenia est une station sûre ». Mais elle avait tout de même un doute.

***

— Entre, Daeithil. Bienvenue dans mon étude.

Perchée au sommet de la structure d’habitation qui s’enroulait autour du tronc d’un arbre gigantesque, la pièce qu’Uthin appelait « étude » offrait une vue impressionnante sur la couronne d’Alenia, la bande de terrain qui courrait sur l’intérieur de la paroi extérieure de la station. La courbure inversée de l’horizon état spectaculaire et l’eylwen s’arrêta un instant sur le seuil, comme frappée par le rappel de la nature artificielle de son environnement.

Au reste, le domaine Lintar, avec ses grappes de structures suspendues autour de l’arbre et sa charpente tout en chevilles et assemblages de bois, paraissait comme tout droit sorti de l’imagination d’un Terrien qui aurait voulu recréer un habitat eyldarin typique sans avoir la moindre documentation. Daeithil, qui avait vu quelques exemplaires de cette imagerie lors de son séjour terrien, se demandait si ce n’était pas voulu.

— Un thé ?

Le patriarche du domaine se rappela à son souvenir ; il portait une longue tunique d’un bleu électrique, qui contrastait avec la chemise blanche et vaporeuse de l’eylwen. Quelqu’un lui avait dit que les clans stellaires privilégiaient les couleurs vives par habitude ; leurs combinaisons spatiales étaient elles aussi bariolées pour être plus visible dans l’espace.

— Avec plaisir, merci.

Elle se saisit de la tasse, un simple bol en terre cuite de couleur ocre, et les deux dégustèrent en silence, le regard perdu dans la distance. Puis l’eylda reprit :

— Merci d’être venue. Je sais que tu préférerais sans doute être aux côtés de ta compagne, mais nous avons à parler, toi et moi.

— Oh, je doute que mon escorte me laisse seulement mettre un orteil hors des limites du domaine, répondit-elle avec un sourire.

— Compréhensible, même si ce n’est pas agréable.

— Gal… Gilthaniel ne m’a pas dit grand-chose sur la raison de ma présence ici.

— Ici tu peux prononcer son nom. Galadril est ma quatrième sœur, nous sommes en famille. Mais oui, elle a ses petits secrets et je dois avouer que, dans le cas présent, elle a d’assez bonnes raisons pour en dire le moins possible.

Daeithil regarda Uthin de plus près ; « quatrième sœur » signifiait quelque chose comme « arrière-grande-tante ». Elle avait du mal à retrouver en lui des traits communs à Galadril. Mais il est vrai qu’avec les générations eyldarin, il avait pu y avoir un sacré mélange.

— Toujours est-il que, dans deux jours, elle va venir au domaine pour y rencontrer Anoldë.

— « La mémoire » ? Ce nom me dit quelque chose…

— Edhelan Lessani Silvantari. C’est un des dirigeants de la République eyldarin, un individu puissant ; le clan Lessani a d’innombrables connexions dans la Sphère, surtout dans les cercles industriels et miniers. Il est bien entendu immensément riche et c’est aussi le dirigeant de Lorenui.

Daeithil en resta bouche bée. Uthin la regarda et lui sourit :

— « Pourquoi ? », te demandes-tu ? C’est simple : Galadril veut lui demander de démanteler définitivement Lorenui. Et elle compte sur toi pour cela.

L’eylwen resta un long moment à regarder l’horizon.

— Uthin, ce thé est véritablement excellent, mais aurais-tu quelque chose de plus fort ?

***

Meriel s’efforça de calmer le raz de marée de panique qui menaçait son esprit et de faire le point.

Elle était seule. Elle n’avait plus de munitions. Son communicateur avait grillé. Elle avait été touchée par un ou deux tirs de neutralisateurs et c’était un miracle si elle était encore consciente. Et au moins deux adversaires essayaient activement de la neutraliser. Voire pire.

Point positif : après avoir vidé le chargeur d’aiguilles à accélération magnétique dans leur direction, ils étaient beaucoup plus prudents. Point, singulier.

Une des parties d’elle-même qui ne paniquaient pas ironisait avec acidité sur la façon dont elle avait été bernée, attirée dans une embuscade par une série d’habiles suggestions. Cette Merithin avait été un peu trop serviable pour être honnête ; elle était sans doute arcaniste et Meriel se promit d’aller lui proposer une tournée générale de tartes aux phalanges une fois cette affaire résolue.

Pour peu qu’elle s’en sorte en vie, bien entendu.

Sa facette ironique réveilla quelque peu sa facette tacticienne, qui en retour secoua sa facette stellaire à la recherche d’une solution. Elle ne tarda pas à trouver une souche d’arbre qui n’en était pas une et s’effondra sans grâce dans un couloir technique, dans lequel elle entreprit de ramper aussi vite que son état le permettait.

***

— Tu la vois ?

— Nan. Purée, mais comment ça se fait qu’elle était armée ?

« Arko » regarda « Kyoshi » avec un regard mi-énervé, mi-consterné. Une des aiguilles du kerbenathan lui avait traversé le gras du bras et il était quelque peu agacé.

— « Comment ça se fait qu’un flic est armé ? », l’imita-t-il, avant d’ajouter. Non, mais des fois, tu réfléchis un peu ? T’es sûre que t’es pas un peu rowaan sur les bords, toi aussi.

La Terrienne se renfrogna :

— J’aimerais bien t’y voir, toi, avec cette saloperie de harnais pour euro-pétasse et ces talons de merde. Par Saint-Elvis, qu’est-ce que je donnerais pas pour une paire de baskets et un honnête hoodie !

— Vois le bon côté des choses : ça te fait un cul d’enfer.

— Tu veux une bastos, le teckel ?

En temps normal, une pareille saillie aurait valu à son auteur un concassage de faciès en règle. Mais « Arko » connaissait sa partenaire depuis suffisamment longtemps pour passer outre l’affront avec un haussement d’épaule.

— Calme-toi. On a école, là. Prends à gauche, je prends à droite et on essaye de lui tomber dessus discrétos. De toute façon, avec ce qu’elle a encaissé, ça m’étonnerait qu’elle aille bien loin.

Ils furent très déçus.

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