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Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 9

Erdorin, Chroniques de l’Arbre-monde, Livre 5, chapitre 9

Cet article est le numéro 9 d'une série de 10 intitulée Erdorin, Livre 5

Perché sur le banc du conducteur, Arko se retourna et joint le groupe d’eyldardani qui lorgnaient au loin les cavaliers qui approchaient. Les avis divergeaient.

— J’en compte douze.

— Plutôt quinze, non ?

— Au moins. C’est moi ou il y a un rowaan parmi eux ?

— Ouaip, confirma Arko. Et j’parie que c’est l’guignol qui m’ressemble. On a déjà échangé une danse.

— Ah, tiens, en voilà d’autres.

— Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce ne sont pas des cavaliers émérites.

L’un des jeunes lâcha une expression qu’Arko ne comprit pas, mais qui fit rire tous les eyldardani. Arko riait moins. Effectivement, la plupart des cavaliers avaient l’air de se comporter comme un sac de linge sale sur leur selle, mais ils allaient nettement plus vite que la carriole.

— Atsi, mec, t’aurais pas un moyen pour qu’c’tromblon aille un chouille plus vite ?

— Oui… et non, répondit l’Amérindien avec une grimace. Déjà, on est trop chargés. Et puis ça va pas être bon pour l’autonomie.

— S’ils nous rattrapent, j’ai comme dans l’idée qu’ça va pas êt’bon pour notre santé.

— J’ai bien une idée, dit une des jeunes femmes assises sur le toit.

***

Daeithil finit d’ajuster sa combinaison ; c’était une variante de la tenue SecondSkin achetée sur Terre : moins moulante et légère, plus blindée. Elle appréhendait un peu de devoir tester la résistance aux impacts, mais de son expérience, mieux valait mettre une armure pour rien que se retrouver en chemise quand les carreaux commençaient à voler. Et, comme le champ gravitationnel de la station spatiale interdisait d’avoir recours aux champs de force, autant en revenir aux classiques.

Au reste, quand Weyran vint la chercher, lui aussi avait revêtu une tenue qui cachait sous des atours civils plusieurs couches de composites à l’épreuve des projectiles. Le reste de l’équipe des Ombres, moins Meriel, était également équipés. Tous avaient leur kerbenathan prêt à l’emploi ; Daeithil avait ressorti son arc pliable, en plus de son épée.

Uthin était également présent, l’air quelque peu inquiet – était-ce par rapport à la situation ou face à cinq personnes armées, difficile de l’affirmer.

— J’ai bien peur que je ne puisse pas vous confier plus que notre « cheval gris ». C’est un véhicule agricole et, en l’état, il n’est pas ce qui se fait de plus rapide. Mais il est… robuste. Essayez de ne pas me l’abîmer, dit-il avec un demi-sourire.

— Merci, Uthin, répondit Daeithil.

Sur un geste du patriarche, une jeune eylwen vêtue d’une tunique bariolée s’avança.

— Voici Selirë. Elle sera votre point de contact. Avec moi et, le cas échéant, avec des… renforts institutionels.

Daeithil hocha la tête et sourit à Selirë, qui avait l’air encore plus intimidée qu’Uthin. Il faisait allusion à la possibilité d’alerter une faction des forces de défense de la République eyldarin, en poste sur la station et liées au clan Lintar par des truchements complexes. Un tel acte était à réserver à un cas d’extrême urgence, vu que la République faisait de gros efforts pour maintenir l’illusion que ses forces des défenses n’existaient pas. Ce qui, du point de vue de Daeithil, était du domaine de la coquetterie.

Elle se tourna vers Eithar, qui répondit à sa question silencieuse en conjurant un écran holographique grand format, sur lequel s’afficha une carte de la couronne. Plusieurs points lumineux et trajectoires apparurent.

— De ce que nous savons, Meriel, Kyoshi et Arko sont à bord d’un véhicule à roues, reproduction d’une carriole de transports de passagers terrienne. Ils se déplacent péniblement à set ou huit mètres par seconde. Ils ont derrière eux entre quinze et vingt poursuivants, montés sur des chevaux, qui eux filent à douze mètres par seconde.

— Ils ne tiendront pas longtemps cette cadence, fit remarquer Kerwir.

— Peut-être, mais je ne crois pas qu’ils aient le bien-être de leur monture à cœur, contrairement à toi.

L’assistance rit brièvement avant que l’eylda ne reprenne :

— Cet engin, dit-il en tapant sur la carrosserie passablement cabossée de l’antigrav, nous propulsera à quinze mètres par seconde, maximum. Je pense donc que nous devrions arriver sur eux dans une demi-heure. Si tout va bien, ils ne devraient pas encore les avoir rejoins.

— Mais il faut partir vite, dit Lyrin, inquiète.

— Exact. Alors en route ! Si vous avez des questions, vous les poserez en chemin !

***

« Kyoshi » lança un regard derrière elle. Elle avait lancé son cheval dans un galop qu’elle espérait de longue haleine, mais la bestiole tenait plus du paisible bourrin de labour – ou de la carne pour touristes – que du pur-sang. Ils gagnaient sur leurs adversaires et leur ridicule diligence sans attelage, mais c’était laborieux.

Plus gênant : derrière elle, « Arko » et le reste de la troupe avaient du mal à suivre. À part trois atlani, qui avaient déjà monté une ou deux fois dans leur lointaine jeunesse, la plupart des mercenaires n’avaient jamais posé leur cul sur une selle et plusieurs d’entre eux n’avaient même jamais vu de cheval en vrai.

Elle entendit le rowaan maugréer dans le communicateur.

— Tu te démerdes bien, grand chef ! Continue comme ça.

Pour toute réponse, elle entendit une série de grommellements ponctués par des gros mots et par le terme « steak tartare ». Ça la fit rire. Un peu mesquinement, elle prenait sa revanche. Elle faillit ne pas voir le fusil qui la mit en joue.

Les aiguilles la touchèrent au torse ; fort heureusement, sa combinaison de style faux-parisien comportait également un blindage de style authentique-texan. Aucun des projectiles ne traversa, mais le choc lui fit voir des étoiles. Pas suffisamment pour l’empêcher de lancer « Embuscade ! »

Elle analysa rapidement la scène : visiblement, la diligence avait abandonné ses passagers surnuméraires, qui en avaient profité pour attendre leurs poursuivants dans un petit vallon pierreux, où ils bénéficiaient d’un couvert non négligeable. Ils étaient équipés d’armes de chasse, des lance-aiguilles magnétiques de très petit calibre – très efficace contre le petit gibier, moins contre les piétons prudents. Au reste, ils ne semblaient pas viser pour tuer. Une erreur, songea-t-elle avec colère.

« Kyoshi » ralentit sa monture et la lança dans une série de zig-zags au milieu de la pierraille, arrosant au petit bonheur de son pistolet neutralisateur. Elle hésita très fort à prendre son autre arme, mais cette dernière était prévue pour un usage différent. Seule contre une demi-douzaine de jeunes gens très agiles, elle n’aurait pas fait le poids, mais elle avait bien compris que les indigènes n’avaient pas l’intention de la tuer et pas les moyens de la blesser sérieusement. Et elle n’avait qu’à gagner du temps.

Moins d’une minute plus tard, le reste de son équipe déboula sur pièce et l’embuscade cessa, faute d’embusqueurs.

***

Même dans la cabine, avec le bruit assourdissant de la carrosserie en bois malmenée, Kyoshi entendit la bordée de jurons lâchée par Atsidi depuis son banc de conduite.

— Tiens, j’les connaissais pas tous, ceux-là, fit Arko.

— C’est quoi le problème ?, hurla Kyoshi en se penchant en dehors de la cabine.

Avant que qui que ce soit puisse répondre, un souffle sourd la frôla. Avec un petit cri de surprise, elle rentra la tête à grande vitesse. Mon royaume pour un AMAG !, pensa-t-elle avant de se rappeler qu’elle n’avait pas de royaume.

— Chiotte !, cria le rowaan. Ils ont des fusils neutralisateurs !

Kyoshi risqua un œil dehors, imitée par Meriel par l’autre côté. Leurs poursuivants se rapprochaient dangereusement.

Sur le banc de conduite, Arko et Atsidi tentaient de faire profil bas. Ce qui, au vu du gabarit du rowaan, n’était pas gagné d’avance. Il jeta lui aussi un œil sur l’arrière, pendant que l’ataneylda se concentrait sur le pilotage de la diligence. Lequel pilotage était plutôt rustique : en l’absence de chevaux, il consistait en une sorte de gouvernail qui permettait de faire pivoter les roues avant, un levier de freins et un compteur de vitesse qu’Atsidi avait affirmé « d’époque », mais qui était plus probablement monté à l’origine sur un véhicule automobile. Plus que rustique : rudimentaire.

— Bon, la bonne nouvelle, c’est qu’il n’y en a qu’deux ou trois qui ont des fusils ; les aut’sont équipés de pistolets. Mais y s’rapprochent, tu pourrais pas donner ton fameux coup de boost ?

Atsidi répondit par un grognement à la limite du soupir. Arko se tourna vers lui pour lui demander la traduction quand il le vit s’affaisser et basculer du banc de conduite.

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